Un parquet vitrifié demande peu d’entretien, ce qui est précisément le problème : comme il ne réclame rien, on finit par lui appliquer ce qu’on a sous la main. Les finitions que nous voyons prématurément fatiguées le sont rarement à cause du passage. Elles le sont à cause de trois choses, toujours les mêmes, et qui se corrigent sans effort une fois qu’on les a identifiées.
Ce qui use vraiment un vitrificateur
Le premier coupable est le gravillon. Les grains de sable et de terre ramenés sous les semelles agissent comme un abrasif : chaque pas les fait tourner entre la chaussure et le film. C’est un ponçage lent et involontaire, concentré dans l’axe de circulation, et c’est ce qui explique qu’un couloir grise en quelques années pendant que le reste de la pièce reste intact.
Le deuxième est l’eau stagnante. Un film de vitrificateur est étanche en surface, mais les jonctions entre lames ne le sont pas : une flaque laissée quelques heures finit par descendre dans le joint et gonfler la fibre en dessous. Le résultat, un liseré sombre le long d’une lame, ne se rattrape pas en surface.
Le troisième est le produit inadapté. Les nettoyants dégraissants d’usage général attaquent le film couche après couche, et les produits dits « nourrissants » pour parquet, conçus pour des finitions huilées, déposent sur un vitrificateur une pellicule qui glisse et qui ternit. Un vitrificateur n’a rien à nourrir : c’est une matière plastique, pas une fibre ouverte, et tout ce qu’on y ajoute reste dessus.
Ces trois causes ont un point commun : aucune n’est visible le jour où elle agit. C’est ce qui les rend coûteuses, et c’est aussi ce qui rend le protocole ci-dessous efficace, puisqu’il les traite avant qu’elles ne produisent leur effet.
Le protocole courant
Il tient en trois gestes, et il n’en faut pas davantage :
- Dépoussiérer souvent, à l’aspirateur avec une brosse à parquet ou au balai microfibre. C’est le geste qui compte le plus, puisqu’il retire l’abrasif avant qu’il ne travaille.
- Laver peu humide, avec une serpillière essorée à fond et un nettoyant neutre destiné aux sols vitrifiés. Le sol doit sécher en une minute ou deux ; s’il reste brillant d’eau derrière le passage, la serpillière est trop chargée.
- Essuyer tout de suite ce qui tombe, en particulier près d’un évier, d’une baie vitrée ou d’une entrée.
Ce qu’il faut éviter est tout aussi court : pas de vapeur, qui pousse l’eau chaude dans les joints, pas de produit dégraissant, pas de cire ni d’huile sur un vitrificateur, et jamais d’abrasif, même doux, pour retirer une tache.
Les protections qui changent la durée de vie
Un tapis à l’entrée, suffisamment grand pour que l’on fasse trois pas dessus, retient l’essentiel du gravillon avant qu’il n’arrive sur le parquet. C’est le meilleur rapport entre l’effort consenti et l’usure évitée.
Sous les meubles, les patins feutre valent pour les objets qui bougent, chaises et fauteuils, mais ils s’encrassent et deviennent eux-mêmes abrasifs : ils se vérifient une fois par an. Pour les meubles lourds qui ne bougent pas, les patins durs répartissent mieux la charge. Quant aux sièges à roulettes, ils exigent soit des roulettes souples destinées aux sols durs, soit un tapis de protection, faute de quoi ils creusent un arc visible en quelques mois.
Les premières semaines après le chantier
C’est la période la plus délicate, et celle où se produit la majorité des dégâts sur une finition neuve. Un vitrificateur laisse circuler assez vite, mais il continue à durcir pendant plusieurs jours après la dernière couche. Pendant cette fenêtre, il est plus tendre qu’il ne le sera jamais ensuite.
Trois précautions suffisent : ne pas remettre les tapis tant que le délai indiqué n’est pas écoulé, un tapis posé trop tôt empêchant le film d’achever sa prise et laissant une marque nette ; ne pas coller de ruban adhésif de protection sur la finition ; et déplacer les meubles en les portant plutôt qu’en les faisant glisser. Nous annonçons ces dates avec le devis, précisément pour qu’elles ne soient pas découvertes après coup.
Quand un simple entretien ne suffit plus
Un vitrificateur en fin de vie se reconnaît à des signes précis : la zone de passage devient mate quand le reste est encore satiné, le bois y paraît grisé plutôt que rayé, et le lavage ne redonne plus d’éclat. À ce stade, le film est traversé par endroits et le bois nu est exposé.
La bonne nouvelle est qu’un parquet pris à temps n’a pas besoin d’un ponçage complet. Un égrenage suivi d’une couche neuve rétablit la protection sans entamer la réserve de bois, ce qui coûte nettement moins cher et préserve les ponçages futurs. Attendre que le bois lui-même soit marqué fait basculer dans un ponçage complet, avec la perte de matière que cela suppose. C’est la seule raison pour laquelle il vaut la peine de surveiller un sol qui, par ailleurs, ne demande rien.